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Audiovisuel public : chausse-trappe et brouillard

 

Nicolas Sarkozy, en janvier dernier, a abusé du pouvoir que lui procure sa fonction pour déstabiliser irrémédiablement le service public de l’audiovisuel, pour mettre les salariés de France Télévisions Publicité sur le chemin du licenciement. Il fallait alors « réfléchir à la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques ». Une phrase dans une conférence de presse, et hop, simple comme un sms.

Six mois et une commission Copé dégingandée plus tard, la plus grande confusion recouvre soigneusement le sujet. On propose des « tests » de morcellement de France 3, on se gargarise de « media global » pour masquer le vide des idées et on reboutique le Conseil d’administration en ouvrant la porte à toutes les fenêtres. Qu’il s’agisse de financement, de projet éditorial, de cahier des charges ou d’emplois, rien de clair, rien de responsable, rien de professionnel ne se dessine sur l’horizon de France Télévisions.

Le premier épisode avait d’ailleurs bien donné le ton à ce qui semble être devenu l’ubuesque saga de l’audiovisuel français : la réforme de l’Audiovisuel extérieur initiée à l’été 2007 n’est parvenue qu’à jeter le trouble dans les entreprises, qu’à faire naître l’inquiétude chez les salariés quand il s’agissait de rénover la voix et l’image de la France à l’étranger.

Dans un contexte de révision générale des politiques publiques — dont la traduction en français courant est « plan social déguisé » —, le Syndicat national des médias CFDT maintient son défi au président de la République (cf communiqué du 9 janvier) de compenser à l’euro près la suppression de la publicité, afin d’élaborer un cahier des charges et un projet éditorial cohérents et réfléchis, de prendre pleinement en compte les évolutions technologiques, de s’appuyer sur un outil de production interne au groupe efficace et consolidé par un toilettage des décrets Tasca, et sans profiter de l’occasion pour détricoter les garanties conventionnelles. Qu’on arrête une bonne fois de mettre la charrue avant les bœufs.

On pourra tourner le problème dans tous les sens, on pourra prétendre dévaliser l’INA, RFI ou d’autres, c’est bien la redevance qui constitue et constituera le socle, la ressource principale de financement du service public de l’audiovisuel. Quant à taxer le privé pour financer le public en disant préserver le pouvoir d’achat, cela relève au mieux de l’incantation, au pire de l’inconséquence.

C’est de service public et de salariés qu’il est question, l’enjeu n’est rien de moins que la pérennité d’un audiovisuel non régi par la loi du marché, en capacité de créer, de produire, d’informer, et le Syndicat national des médias CFDT utilisera tous les moyens à sa disposition pour les défendre.

 

 
Paris, le 12 juin 2008